Civilisation

Trois musées sur la Côte d’Azur: le Musée Picasso

Le bâtiment est fondé sur l’ancienne acropole de la ville grecque d’Antipolis, castrum romain après, résidence des évêques au Moyen Âge (de 442 à 1385) ensuite. Le château Grimaldi fut habité à partir de 1385 par la famille monégasque qui lui donna son nom. Il est devenu demeure du gouverneur du Roi, puis à partir de 1792, hôtel de ville, le bâtiment se transforme en caserne en 1820, marquant ainsi la prise de possession des lieux par le Génie militaire jusqu’en 1924. En 1925, le château est acheté par la ville d’Antibes et devient le musée Grimaldi, musée d’Antibes.

En septembre 1945, Pablo Picasso se rend au musée Grimaldi. En été 1946, Pablo Picasso qui réside à Golfe-Juan avec Françoise Gilot, est séduit par la proposition du conservateur du musée, d’utiliser une partie du château comme atelier.

Picasso, enthousiaste, travaille au château et réalise de nombreuses œuvres, dessins et peintures. À la suite de son séjour en 1946, Pablo Picasso laisse en dépôt à la ville d’Antibes 23 peintures et 44 dessins. Parmi les peintures les plus célèbres : La Joie de vivre, Satyre, Faune et centaure au trident, Le Gobeur d’oursins, La Femme aux oursins, Nature morte à la chouette et aux trois oursins, La Chèvre

Le 27 décembre 1966, la ville d’Antibes rend hommage à Pablo Picasso et le château Grimaldi devient officiellement musée Picasso, premier musée consacré à l’artiste.

C’est en 1982 que Joan Miró et Artigas firent don au Musée Picasso d’Antibes d’une céramique au titre aussi évocateur que l’histoire qui le précédait : la Déesse de la mer, une figure féminine de plus de 180 cm de hauteur, un corps schématique en guise de tronc, une tête avec un nez et des yeux globuleux, orné de signes calligraphiques et d’une étoile.

Miró était devenu familier de cette partie des Alpes-Maritimes dès le début de 1950, grâce à de fréquents séjours à Saint-Paul de Vence, outre des visites sporadiques faites plusieurs années auparavant à l’occasion des ballets russes, de certaines expositions ou pendant la période des vacances. Depuis le mois de novembre 2013, le musée présente une nouvelle pièce en dépôt temporaire : Femme et oiseau (1982). Une sculpture en bronze de Joan Miró réalisée au cours des dernières années de la vie de l’artiste et qui résume assez bien sa facette de sculpteur.

Civilisation

Trois musées sur la Côte d’Azur: la Fondation Maeght

La Fondation Marguerite et Aimé Maeght se trouve parmi les grandes collections internationales. Elle a été inaugurée le 28 juillet 1964 par André Malraux, la Fondation est née de l’amitié d’Aimé Maeght et de son épouse Marguerite, principaux éditeurs et marchands d’art de l’Europe d’après-guerre, avec certains artistes parmi les plus importants du XXᵉ siècle comme Joan Miró, Alexander Calder, Fernand Léger, Georges Braque, Alberto Giacometti, Marc Chagall …

À la mort de leur jeune fils Bernard d’une leucémie en 1953, Georges Braque encourage le couple Maeght à imaginer un nouveau lieu consacré à l’art moderne dans leur propriété de Saint-Paul de Vence. Joan Miró leur présente Josep Lluís Sert, l’ami architecte catalan qui a créé l’atelier de l’artiste à Palma de Majorque. Pensée comme un lieu d’expérimentation et d’échanges, la Fondation est conçue pour et avec les artistes. Peintres et sculpteurs collaborent avec l’architecte en créant des œuvres intégrées au bâtiment et à la nature : la cour Giacometti, le labyrinthe Miró, les mosaïques murales de Chagall et de Tal Coat, le bassin et le vitrail de Braque, la fontaine de Bury. Espaces intérieurs et extérieurs se répondent avec le jardin de sculptures, les cours, terrasses et patios, les salles d’exposition, la chapelle, la bibliothèque et la librairie.

C’est la première fondation privée en Europe dédiée à l’art. Sert réinterprète les codes du village méditerranéen. La simplicité des matériaux utilisés – brique, terre cuite, béton, murs- s’intègre dans la nature. Sans brutalisme, son architecture associe la géométrie à la rationalité fonctionnelle et à la netteté des formes et des espaces. Il a conçu un éclairage naturel indirect en créant des « pièges de lumière ». Avec seulement 850 m² d’espaces d’exposition, il propose une variété unique et modulable de volumes et d’espaces, intérieurs et extérieurs. Sert a littéralement intégré l’architecture à la nature permettant au visiteur de découvrir des chefs-d’œuvre du XXe siècle mêlés à la beauté de la nature environnante.

Civilisation

Trois musées sur la Côte d’Azur: le Musée Matisse

Le Musée Matisse est situé dans le cadre bucolique des jardins de la colline de Cimiez, lieu de promenade du peintre où se mêlent oliviers centenaires et ruines de l’époque romaine. Le vaste ensemble patrimonial du site de Cimiez comprend les arènes et le site romains, un jardin planté d’oliviers centenaires, ainsi que le monastère de Cimiez.

Le musée est installé dans une demeure génoise du XVIIe siècle et a été inauguré en 1963. Le musée Matisse conserve la donation à la Ville de Nice de l’artiste et de ses héritiers.

Les collections du musée reflètent le parcours artistique de Matisse, depuis sa première peinture « Nature morte aux livres » (1890) jusqu’à l’une de ses dernières réalisations « Fleurs et fruits » (1952 -1953). Les collections comprennent, en particulier,  la quasi-totalité de l’œuvre sculpté de l’artiste ainsi qu’une importante collection d’œuvres graphiques présentée au sein du cabinet de dessins. Des livres illustrés, des photographies et des objets ayant appartenu au peintre complètent sérigraphies, tapisseries, céramiques, vitraux et documents. En outre, grâce à une donation faite en 2013 par les héritiers Matisse, les collections de la Ville se sont enrichies de l’œuvre monumentale « La Piscine », réalisée en pierre de lave et céramique et pour laquelle une salle lui est dédiée dans la partie moderne du musée.

Les œuvres emblématiques du musée sont « Nature morte aux livres » (1890 : première peinture de Matisse), « Portrait de Mme Matisse » (1905 : peinture fauve), « Nature morte aux grenades » (1947 : peinture de la période vençoise), « Nu bleu IV »  (1952 : chef d’œuvre en papiers gouachés découpés) et  « Fleurs et fruits » (1952-53 : dernière composition monumentale en papiers gouachés découpés).

Civilisation

Supplique pour être enterré sur la plage de Sète

La camarde qui ne m’a jamais pardonné,

D’avoir semé des fleurs dans les trous de son nez,

Me poursuit d’un zèle imbécile.

Alors cerné de près par les enterrements,

J’ai cru bon de remettre à jour mon testament,

De me payer un codicille.

Trempe dans l’encre bleue du Golfe du Lion,

Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion,

Et de ta plus belle écriture,

Note ce qu’il faudra qu’il advînt de mon corps,

Lorsque mon âme et lui ne seront plus d’accord,

Que sur un seul point : la rupture.

Quand mon âme aura pris son vol à l’horizon,

Vers celles de Gavroche et de Mimi Pinson,

Celles des titis, des grisettes.

Que vers le sol natal mon corps soit ramené,

Dans un sleeping du Paris-Méditerranée,

Terminus en gare de Sète.

Mon caveau de famille, hélas ! n’est pas tout neuf,

Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf,

Et d’ici que quelqu’un n’en sorte,

Il risque de se faire tard et je ne peux,

Dire à ces braves gens : poussez-vous donc un peu,

Place aux jeunes en quelque sorte.

Juste au bord de la mer à deux pas des flots bleus,

Creusez si c’est possible un petit trou moelleux,

Une bonne petite niche.

Auprès de mes amis d’enfance, les dauphins,

Le long de cette grève où le sable est si fin,

Sur la plage de la Corniche.

C’est une plage où même à ses moments furieux,

Neptune ne se prend jamais trop au sérieux,

Où quand un bateau fait naufrage,

Le capitaine crie : “je suis le maître à bord !

Sauve qui peut, le vin et le pastis d’abord,

Chacun sa bonbonne et courage”.

Et c’est là que jadis à quinze ans révolus,

Sur la plage de la Corniche.

A l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus,

Je connus la prime amourette.

Auprès d’une sirène, une femme-poisson,

Je reçus de l’amour la première leçon,

Avalai la première: “arête!”.

Déférence gardée envers Paul Valéry,

Moi l’humble troubadour sur lui je renchéris,

Le bon maître me le pardonne.

Et qu’au moins si ses vers valent mieux que les miens,

Mon cimetière soit plus marin que le sien,

Et n’en déplaise aux autochtones.

Cette tombe en sandwich entre le ciel et l’eau,

Ne donnera pas une ombre triste au tableau,

Mais un charme indéfinissable.

Les baigneuses s’en serviront de paravent,

Pour changer de tenue et les petits enfants,

Diront : chouette !, un château de sable !

Est-ce trop demander : sur mon petit lopin,

Planter, je vous en prie une espèce de pin,

Pin parasol de préférence.

Qui saura prémunir contre l’insolation,

Les bons amis venus faire sur ma concession,

D’affectueuses révérences.

Tantôt venant d’Espagne et tantôt d’Italie,

Tous chargés de parfums, de musiques jolies,

Le mistral et la tramontane,

Sur mon dernier sommeil verseront les échos,

De villanelle, un jour, un jour de fandango,

De tarentelle, de sardane.

Et quand prenant ma butte en guise d’oreiller,

Une ondine viendra gentiment sommeiller,

Avec rien que moins de costume,

J’en demande pardon par avance à Jésus,

Si l’ombre de sa croix s’y couche un peu dessus,

Pour un petit bonheur posthume.

Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon,

Pauvres grands disparus gisant au Panthéon,

Pauvres cendres de conséquence,

Vous envierez un peu l’éternel estivant,

Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant,

Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant,

Qui passe sa mort en vacances.

Vous envierez un peu l’éternel estivant,

Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant,

Qui passe sa mort en vacances.

Civilisation

Jeanne

Chez Jeanne, la Jeanne,

Son auberge est ouverte aux gens sans feu ni lieu,

On pourrait l’appeler l’auberge du Bon Dieu

S’il n’en existait déjà une,

La dernière où l’on peut entrer

Sans frapper, sans montrer patte blanche…

Chez Jeanne, la Jeanne,

On est n’importe qui, on vient n’importe quand,

Et comme par miracle, par enchantement,

On fait partie de la famille

Dans son cœur, en se poussant un peu,

Reste encore une petite place…

La Jeanne, la Jeanne,

Elle est pauvre et sa table est souvent mal servie

Mais le peu qu’on y trouve assouvit pour la vie,

Par la façon qu’elle le donne,

Son pain ressemble à du gâteau

Et son eau à du vin comme deux gouttes d’eau…

La Jeanne, la Jeanne,

On la paie quand on peut des prix mirobolants :

Un baiser sur son front ou sur ses cheveux blancs

Un semblant d’accord de guitare

L’adresse d’un chat échaudé

Ou d’un chien tout crotté comme pourboire…

La Jeanne, la Jeanne,

Dans ses roses et ses choux n’a pas trouvé d’enfant,

Qu’on aime et qu’on défend contre les quatre vents,

Et qu’on accroche à son corsage,

Et qu’on arrose avec son lait…

D’autres qu’elle en seraient toutes chagrines…

Mais Jeanne, la Jeanne,

Ne s’en soucie pas plus que de colin-tampon

Être mère de trois poulpiquets, à quoi bon !

Quand elle est mère universelle,

Quand tous les enfants de la terre,

De la mer et du ciel sont à elle…

Sans feu ni lieu : Jeu de mots sur “sans foi ni loi”.

Dormir à l’auberge du Bon Dieu, c’est dormir à la belle étoile.

Montrer patte blanche, comme dans le conte des sept petites chèvres.

Les prix mirobolants, Incroyablement magnifique, trop beau pour être vrai, serait donc ironique, et le sens où l’emploie GB en rajoute une couche (un baiser sur le front, c’est pas cher payé

Dans ses roses et ses choux elle n’a pas trouvé d’enfant : Il arrive qu’on explique aux jeunes enfants que les filles naissent dans les roses et les garçons dans les choux.

Colin-tampon : Colin-Tampon désigne l’ancienne batterie de tambour des Suisses au service de la France, qui s’illustra pendant la bataille de Marignan (1515). Colin diminutif de Nicolas, signifie en langage paysan le nigaud et tampon représente le tambour. L’expression familière vieillie “se soucier de qqch comme de colin-tampon” signifie n’y prêter aucune attention, s’en moquer.

Être mère de trois poulpiquets, à quoi bon : Les poulpiquets sont des nains bretons très laids qui font partie de la race des korrigans, qui seraient aussi les fils et les maris de certaines fées. Ils sont très joueurs et leur passe-temps préféré est de se mettre dans le berceau à la place des nouveaux-nés afin d’effrayer les mères.

Civilisation

La ballade des gens qui sont nés quelque part

C’est vrai qu’ils sont plaisants tous ces petits villages

Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités

Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages

Ils n’ont qu’un seul point faible et c’est être habités

Et c’est être habités par des gens qui regardent

Le reste avec mépris du haut de leurs remparts

La race des chauvins, des porteurs de cocardes

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie

Empalés une fois pour toutes sur leur clocher

Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie

Vous font voir du pays natal jusqu’à loucher

Qu’ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète

Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar

Ou même de Montcuq il s’en flattent mazette !

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Le sable dans lequel douillettes leurs autruches

Enfouissent la tête on trouve pas plus fin

Quand à l’air qu’ils emploient pour gonfler leurs baudruches

Leurs bulles de savon c’est du souffle divin

Et petit à petit les voilà qui se montent

Le cou jusqu’à penser que le crottin fait par

Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

C’est pas un lieu commun celui de leur naissance

Ils plaignent de tout cœur les petits malchanceux

Les petits maladroits qui n’eurent pas la présence

La présence d’esprit de voir le jour chez eux

Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire

Contre les étrangers tous plus ou moins barbares

Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Mon Dieu qu’il ferait bon sur la terre des hommes

Si on n’y rencontrait cette race incongrue

Cette race importune et qui partout foisonne

La race des gens du terroir des gens du cru

Que la vie serait belle en toutes circonstances

Si vous n’aviez tiré du néant tous ces jobards

Preuve peut-être bien de votre inexistence

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Cocarde : Insigne circulaire aux couleurs nationales. Qui vient de l’ancien Français Coquart “Coq” au sens figuré ‘sot, vaniteux’.

Chauvin : Le mot “chauvin” a pour origine le nom de famille de Nicolas Chauvin, soldat de la Révolution française puis de la Grande Armée de Napoléon Ier. Son enthousiasme et son patriotisme naïf furent ridiculisés dans des pièces de théâtre, comme la comédie “La cocarde tricolore” des frères Cogniard. L’adjectif “chauvin” est utilisé, le plus souvent avec un sens péjoratif pour qualifier des personnes faisant preuve d’un patriotisme étroit, belliqueux, voire fanatique ou xénophobe.

Clocher : Avoir l’esprit de clocher, c’est avoir un esprit étroit, être chauvin, ne pas voir plus loin que le bout de sa rue. Une querelle de clocher c’est une dispute mesquine. Quand on sait ce qu’empalé, ou empaffé, veut dire, l’image est à la fois terrible et à hurler de rire (un rire un peu douloureux quand même).

Diable Vauvert : Voici une expression dont l’origine est mystérieuse. Pour d’aucuns il s’agirait du château de Vauvert, situé dans l’ancien Gentilly, où des apparitions de diables auraient été constatées ; pour d’autres ce château, abandonné, serait devenu un repaire de brigands. Toujours est-il que cette expression est très ancienne puisqu’on la trouve chez Rabelais.

Zanzibar : Zanzibar est utilisée pour la rime mais aussi pour dire que les chauvins, il n’ y en a pas qu’en France (bien qu’elle en ait la réputation) mais partout.

Montcuq: Montcuq : 46800, Lot, France. Homophone de “mon cul »

Mazette !: Expression un peu démodée, équivalent de notre actuel “Eh b’en dis donc!” marquant l’étonnement ou une admiration ironique. : Le Robert nous dit qu’à l’origine une mazette était un mauvais petit cheval, et par la suite un maladroit ou un incapable.

Autruches : La légende dit que les autruches s’enfouissent la tête dans le sable pour ne pas voir le danger. On peut comprendre que les autruches ici sont les “imbéciles heureux” qui trouvent à tirer gloire même de leur lâcheté, ou de leur aveuglement volontaire.

Baudruche : La baudruche, ce ballon de couleur qu’on gonfle pendant les fêtes, est depuis longtemps l’image de la vanité. La Fontaine s’y réfère indirectement dans La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf. Comme la bulle de savon, la baudruche est éphémère et ne dure que le temps d’une fête. Vanité des vanités…

Se monter le cou : …ou encore “se hausser du col”, c’est aussi faire preuve de prétention ou de vanité, “péter plus haut que son cul”.

Lieu commun : Jeu entre la locution “un lieu commun” : une idée très (voire trop) répandue, et le lieu de naissance (qui n’est donc chez ces gens-là pas commun, mais d’un intérêt exceptionnel).

Tocsin : Les cloches des églises sonnaient autrefois le tocsin (“sonnerie répétée et prolongée”, dit le Robert) pour signaler un incendie (c’était avant les sirènes électriques) ou annoncer la guerre, comme l’implique le reste du couplet.

Plus ou moins barbares : Ici, Brassens joue certainement sur l’étymologie du mot “barbare”, qui signifie “étranger” en grec. Il souligne donc humoristiquement ce pléonasme masqué, puisque de ce point de vue, tout étranger est finalement un barbare, et vice-versa. Bien entendu, l’acception commune du mot “barbare” est également entendue ; il va de soi que les étrangers ne sont pas forcément cruels…

Civilisation

La chasse aux papillons

Un bon petit diable à la fleur de l’âge

La jambe légère et l’œil polisson

Et la bouche pleine de joyeux ramages

Allait à la chasse aux papillons

Comme il atteignait l’orée du village

Filant sa quenouille, il vit Cendrillon

Il lui dit : “Bonjour, que Dieu te ménage

J’t’emmène à la chasse aux papillons”

Cendrillon ravie de quitter sa cage

Met sa robe neuve et ses botillons

Et bras d’ssus bras d’ssous vers les frais bocages

Ils vont à la chasse aux papillons

Il ne savait pas que sous les ombrages

Se cachait l’amour et son aiguillon

Et qu’il transperçait les cœurs de leur âge

Les cœurs des chasseurs de papillons

Quand il se fit tendre, elle lui dit : “J’présage

Qu’c’est pas dans les plis de mon cotillon

Ni dans l’échancrure de mon corsage

Qu’on va à la chasse aux papillons”

Sur sa bouche en feu qui criait : “Sois sage!”

Il posa sa bouche en guise de bâillon

Et c’fut l’plus charmant des remue-ménage

Qu’on ait vu d’mémoir’ de papillon

Un volcan dans l’âme, ils r’vinrent au village

En se promettant d’aller des millions

Des milliards de fois, et mêm’ davantage

Ensemble à la chasse aux papillons

Mais tant qu’ils s’aim’ront, tant que les nuages

Porteurs de chagrins, les épargneront

Il f’ra bon voler dans les frais bocages

Ils f’ront pas la chasse aux papillons

Bon petit diable : Brassens fait naturellement référence à la Comtesse de Ségur dont un roman porte ce titre.

Ramage : gorjeo

Quenouille : Petit bâton entouré vers le haut, de chanvre, de lin ou de soie, etc., destinés à être filé. Cet instrument prend également son importance dans le conte de La Belle Au Bois Dormant, de Charles Perrault également.

Cage : Dans le conte de Perrault d’où est issue Cendrillon, sa maison est plus ou moins sa prison et il est bien légitime de parler de cage.

Robe neuve, botillons : Autre clin d’oeil au conte : cendrillon met sa jolie robe pour aller au bal rencontrer l’amour, et sa chaussure est la clef du récit de Perrault

Frais bocages : (mot normand) région où les champs et les prés sont enclos par des levées de terre portant des haies ou des rangées d’arbres, et où l’habitat est dispersé généralement en ferme.

L’amour et son aiguillon : l’amour est souvent représenté par un ange muni d’un arc et de flèches dont il darde les amoureux. Amour est fils de Vénus et de Mars (beauté et guerre).

Cotillon : Jupe de dessous portée anciennement par les paysannes.

Échancrure du corsage : Ouverture de l’encolure

Bâillon : mordaza

Mémoire de papillon : à rapprocher de cette phrase de Fontenelle : “De mémoire de rose, on n’a jamais vu mourir de jardinier…” La formule pourrait indiquer que l’histoire est contée du point de vue des papillons eux-mêmes, ce que confirmerait la conclusion de la chanson. Les papillons sont connus pour vivre 48 hres, ne leur laissant pas beaucoup de mémoire…

Les nuages porteurs de chagrins: Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds.

Civilisation

La mauvaise réputation, Georges Brassens

Au village, sans prétention

J’ai mauvaise réputation

Que je me démène ou que je reste coi

Je passe pour un je-ne-sais-quoi!

Je ne fais pourtant de tort à personne

En suivant mon chemin de petit bonhomme

Mais les braves gens n’aiment pas que

L’on suive une autre route qu’eux

Non les braves gens n’aiment pas que

L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde médit de moi

Sauf les muets, ça va de soi

Le jour du quatorze juillet

Je reste dans mon lit douillet

La musique qui marche au pas

Cela ne me regarde pas

Je ne fais pourtant de tort à personne

En n’écoutant pas le clairon qui sonne

Mais les braves gens n’aiment pas que

L’on suive une autre route qu’eux

Non les braves gens n’aiment pas que

L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde me montre du doigt

Sauf les manchots, ça va de soi

Quand je croise un voleur malchanceux

Poursuivi par un cul-terreux

Je lance la patte et pourquoi le taire

Le cul-terreux se retrouve par terre

Je ne fais pourtant de tort à personne

En laissant courir les voleurs de pommes

Mais les braves gens n’aiment pas que

L’on suive une autre route qu’eux

Non les braves gens n’aiment pas que

L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde se rue sur moi

Sauf les culs-de-jatte, ça va de soi

Pas besoin d’être Jérémie

Pour deviner le sort qui m’est promis

S’ils trouvent une corde à leur goût

Ils me la passeront au cou

Je ne fais pourtant de tort à personne

En suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome

Mais les braves gens n’aiment pas que

L’on suive une autre route qu’eux

Non les braves gens n’aiment pas que

L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde viendra me voir pendu

Sauf les aveugles, bien entendu

Rester coi : Rester calme, tranquille, silencieux

Chemin de petit bonhomme : Ici encore Brassens retourne une expression bien connue “suivre son petit bonhomme de chemin”, qui signifie vivre tranquillement, aller doucement, à son rythme.

Mais les braves gens n’aiment pas que : “que” rimant avec “qu’eux”: on voit que Brassens a joué avec les rimes. Le mot à la rime porte par définition un accent ; or il n’est pas conforme à l’usage français d’accentuer un mot-outil (comme l’est “que”). L’écart provoque un effet assez violent, que chacun ressentira et interprétera ad libitum.

L’on suive une autre route qu’eux : Phonétiquement, la rime est fausse en ce qui concerne le français parlé (à l’époque de Brassens) au nord d’une ligne Lyon- Bordeaux (en gros). Mais dans le Midi de la France, QUE est phonétiquement assez fermé et peut rimer avec QU’EUX. Bizarrement d’ailleurs, les accents régionaux tendant à s’uniformiser sur les modèles de ce qu’on entend à la radio et à la télé d’une part, et d’autre part sous l’influence des accents pied-noir et arabe depuis les années 60-70.

Sauf les muets, ça va de soi : Cette image amène une première image à propos des handicaps liés à la perte d’une fonction corporelle. Tout au long de la chanson on peut observer une gradation :

– tout le monde médit de moi

– tout le monde me montre au doigt

– tout le monde se rue sur moi

– tout le monde viendra me voir pendu

voilà où mène la rumeur…

Le dernier vers de chaque couplet qui constitue une métaphore ironique sur les handicaps corporels renvoie au vers précédent qui le justifie parfaitement : 1)”médit ” et “les muets” 2) “montre au doigt” et “les manchots” 3) “se rue” et les “culs de jatte” 4) viendra me voir ” et les “aveugles” .

Cela ne me regarde pas : On aurait pu avoir un octosyllabe comme Cela ne m’intéresse pas ou Cela ne me concerne pas… Mais le choix d’un verbe appartenant au champ sémantique des 5 sens prouve encore une fois le souci du détail poétique cher à GB.

Je lance la patte : Pour lui faire un “croche-pied” ou “croc-en-jambe” qui le fera tomber.

Cul-terreux: Paysan, le caractère “terreux” de ce cul qui se retrouve “par terre” montre combien il est bien à sa place.

Voleur de pommes : Dans le folklore traditionnel, les voleurs de pommes sont les enfants ou les Gitans, lesquels ont aussi la réputation de “voleurs de poules”. On peut souligner la parenté de la bohème que vivent les Gitans avec l’anarchisme que professait Brassens.

Cul-de-jatte : La jatte (lat. gabata = plat) est un vase rond et sans rebord ; par extension, un “cul-de-jatte” est une personne privée de ses jambes. Métaphore toujours filée sur les handicaps corporels. Et les références au reste du couplet sont ici évidentes: “poursuivi”, “la patte”, “courir”, et même le mot cul de “cul-terreux” et “culs-de-jatte”

Jérémie : du prophète, Jérémiades, dans le langage courant, Jérémie passe un peu pour un prophète de malheur, un spécialiste des lamentations. Au point que “jérémiades” a fini par prendre le sens de lamentations incessantes, pas forcément fondées et particulièrement pénibles pour les auditeurs. Ex: “Arrête un peu tes jérémiades, tu nous casses les pieds.

Les chemins qui ne mènent pas à Rome : Appropriation du proverbe “tous les chemins mènent à Rome” En retournant cette expression bien connue, Brassens exprime son non-conformisme, son refus de suivre le même chemin, de vivre la même vie, que les “braves gens”, qui regardent de travers ceux qui pensent autrement qu’eux.

EOI à la maison

Journal de bord: 21 mai 2020

yves montand y edith piaf

Pour fermer cette étape de l’année scolaire, je vous propose une sélection de chansons avec des sous titres de diverses époques.

Yves Montand avec la chanson  Sous le ciel de Paris, de 1951. Une chanson écrite pour le film du même titre et qui est devenu tout un symbole de la ville. Un souvenir pour un artiste qui a commencé sa carrière musicale avec Edith Piaf et qui a triomphé comme acteur en France et aux État-Unis.

Serge Gainsbourg a été un grand auteur-compositeur-interprète, et accessoirement, poète, pianiste, artiste peintre, scénariste, metteur en scène, écrivain, acteur et cinéaste français. Voilà une chanson de 1968 qui a pour titre La Javanaise.

france gall

Une interprétation de Jenifer de la chanson de 1987 Ella, elle l’a de France Gall. Cette dernière a représenté le Luxembourg au Festival d’Eurovision en 1965 avec la chanson Poupée de cire, poupée de son, composée par Serge Gainsbourg.

Amoureux solitaires est une chanson du répertoire de Lio sortie en 1980. Elle est l’adaptation de Lonely lovers du groupe de punk français Stinky Toys. Elle a été numéro un de ventes pendant six semaines en France et est restée plusieurs semaines dans les charts en Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique.

Mylène Farmer est une artiste franco-canadienne qui a un grand succès dans les pays francophones et dans les pays de l’Europe de l’Est. La chanson Désenchantée est de 1991.

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On change de style pour écouter une chanson de 1999, c’est le grand succès Tomber la chemise du groupe de Toulouse Zebda. Pas de paroles mais la fête est assurée !

Une chanson aussi différente c’est Christine, de 2014 du groupe Christine and the Queens

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On revient aux artistes de Toulouse avec le duo Bigflo et Oli et leur tube de 2017 Dommage

Je termine avec Angèle, une autrice-compositrice-interprète, instrumentiste et productrice belge, qui connaît un grand succès en ce moment et sa chanson de 2018 Tout oublier

Très belles vacances à tous!!!

EOI à la maison

Journal de bord: 19 mai 2020

chenonceaux

On approche la fin de la deuxième évaluation et aujourd’hui vous aurez une nouvelle occasion d’envoyer vos exercices de compréhension de l’oral y de compréhension de lecture.

  • Compréhension orale : écoutez l’enregistrement et répondez aux questions soit par mail soit dans la plateforme Teams.

https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-de-france-bleu-orleans/orleans/franck-riester-ministre-de-la-culture

Questions Interview au ministre de la Culture

paris

  • Compréhension de lecture : lisez le texte et répondez aux questions soit par mail soit dans la plateforme Teams.

A Grasse

Questions compréhension de lecture

  • Idée de loisirs: découvrez un jeune artiste congolais, Innoss’b, qui chante, entre autres langues, en français.

https://www.france24.com/fr/culture/20200514-innoss-b-nouvelle-star-de-la-rumba-congolaise

https://www.youtube.com/watch?v=SJ8ZsdnHwUg

https://www.youtube.com/watch?v=BUemsPYjVz4

Découvrez des expressions du français congolais, comme « avoir un deuxième bureau »  ou « frapper les formes »:

https://langue-francaise.tv5monde.com/decouvrir/voyager-en-francais/les-expressions-imagees-darchibald/les-expressions-congolaises

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