BD

Ailefroide altitude 3954, de Rochette

montagne

Au fond, l’homme est un saumon. Arrivé à maturité, il remonte vers les lieux de son enfance. C’est exactement ce qu’a fait Jean-Marc Rochette : il y a peu, le dessinateur du cultissime Transperceneige a remonté la vallée du Vénéon, dans le massif des Écrins, et y a acheté une ancienne auberge. C’est là haut que ce natif de Grenoble a dessiné les 280 planches d’Ailefroide, un formidable récit autobiographique de son adolescence montagnarde. Pour les décors, il lui suffisait de lever les yeux.

Nous le retrouvons dans son atelier parisien, du côté des Buttes-Chaumont. À 61 ans, Rochette est affûté comme un sherpa. « Adolescent, j’escaladais des voies périlleuses et je voulais devenir guide de haute montagne, se souvient-il. J’ai voulu raconter ce début des années 1970, quand l’alpinisme était encore une aventure improvisée à la Tom Sawyer. » Avec ses drames : nombre des amis proches dépeints dans Ailefroide (l’album tire son nom d’un mythique sommet culminant à 3954 mètres) ont péri en montagne. Jean-Marc Rochette lui-même a dévissé dans un couloir de glace. Il s’est vu mourir : « Pendant que je tombais, je me souviens distinctement m’être dit : « Tu ne deviendras jamais un grand dessinateur de bande dessinée ! »

Un rocher providentiel en décide autrement. Il entame la série Edmond le cochon avec Matin Veyron et enchaîne avec Le Transperceneige, l’histoire d’un train post-apocalyptique imaginé par Jacques Lob. Pendant trente ans, cet album n’est connu que des fans de BD. Et puis, miracle : en 2013, le réalisateur coréen Bong Joon-ho l’adapte sur grand écran. Carton international. Hollywood est en train d’en tourner une série de dix épisodes. Une planche originale de l’album s’est envolée à 20 000 euros aux enchères.

« Ce succès à retardement a changé ma vie, sourit Rochette. C’est ce qui m’a décidé à raconter ma jeunesse d’alpiniste. J’avais tout en tête, mais j’ai demandé à Olivier Bocquet de m’aider à séquencer l’ensemble. Ensuite, j’ai tenu à tout dessiner d’une traite, pour ne pas perdre le jus. Pour être le plus fidèle possible aux ascensions, j’ai regardé des dizaines de vidéos GoPro sur Internet.» Ses bleus nuit restituent à merveille le froid de l’aube et ses hautes cases en plongée et contre-plongée épousent la verticalité des parois.

Mais c’est avant tout la fluidité du récit qui frappe. Son copain Tardi lui a confié avoir été touché par l’évocation de ses amitiés montagnardes. Il a bu le compliment. Et commente : « Dans une bonne bande dessinée, le lecteur doit être tellement pris par l’histoire qu’il doit en oublier les dessins ». On pourrait appeler ça le « paradoxe de Rochette ». J.D. (L’Express)

ailefroide

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